Clérambault lui avait dit:
—J’étais là pour défendre M. de Mersanz contre les assassins payés par les Vital... par le lieutenant Vital, par Béatrice Vital, par Marguerite Vital... J’ai un couteau dans chaque main: si tu fais un pas, je te tue!
Ce fut un bond de lion que fit Jean Lagard. Il reçut les deux coups de couteau sans broncher et saisit les deux poignets du marieur. Celui-ci poussa un rugissement de détresse. Sa tête s’abaissa, puis se releva, essayant de briser la mâchoire de Jean, qui, se rejetant en arrière, l’attira à lui et le saisit à bras le corps.
Les côtes de Clérambault craquèrent. Il voulut mordre. La douleur le dompta et il cria:
—Grâce! grâce!...
Il y avait là cent personnes sous la pluie, autour du lieu où s’était livré le combat. Plusieurs portaient des lumières; on avait mis en réquisition toutes les lanternes des voitures et fiacres stationnant devant le château de la Savate.
Marguerite s’agenouillait auprès de Vital, qui perdait beaucoup de sang. Lenfant et Boichel apportaient pour lui une civière. Frémiaux, Montmorin, Beaumont et les autres, entouraient le comte Achille, qui avait perdu connaissance.
Tous ces gens sortaient de la salle d’assaut. Personne ne savait au juste ce qui s’était passé. On glosait de mille manières, et, comme il arrive, toutes les versions tour à tour accréditées étaient plus ou moins en dehors de la vérité.
Le comique trouve toujours à se glisser parmi le sang et les larmes. Au moment où la foule arrivait avec les lanternes, Jean Lagard, blessé, furieux, ivre de ses efforts et de son triomphe, traînait dans la fange Clérambault, qui n’était plus qu’une masse informe.
Personne ne songeait à s’interposer, pas même Barbedor, qui semblait près de défaillir.