—Tu fais bien de mourir, dit-elle; c’est toi qui es cause de tout ceci.
Elle tira en même temps de son sein un tout petit flacon dont elle versa le contenu dans le verre. L’eau-de-vie ne subit aucune altération dans sa couleur; mais il y eut à la surface de la liqueur une légère et courte effervescence.
A dater de ce moment, sa physionomie changea. Une sombre et suprême résolution releva le caractère de ses traits. Elle redevint elle-même, la tragédienne des passions modernes.
—J’ai vécu, dit-elle grandissant tout à coup en quelque sorte et couvrant de son regard perçant Maxence, plus grande, plus résolue, plus forte qu’elle;—je ne me repens d’aucune de mes actions passées: j’ai lutté pour conquérir ce qui faisait l’objet de mes ambitions. C’est la loi des lions, des rois, des peuples: il n’y a de vrai sur la terre que cette loi... Ma croyance est qu’en tuant mon corps, j’anéantis mon âme... Je subis la peine de ma défaite, comme j’aurais savouré la récompense de ma victoire... Qu’est Dieu et qu’est la société, puisque, tous deux réunis, ils ne peuvent pas me garder pour l’échafaud, leur brutale et dérisoire sanction?... Je suis au-dessus d’eux, puisque je les brave; je suis libre, puisque je meurs!
Elle porta le verre à ses lèvres, qui avaient cette fois un véritable et orgueilleux sourire. Elle en but d’un seul trait la moitié,—puis elle tendit le reste à Maxence.
Maxence, sérieuse et froide, le prit sans hésiter.
Mais, au moment où elle allait boire à son tour, Flavie la retint.
—J’ai pitié, dit-elle d’une voix adoucie;—on change quand on va mourir... Vous êtes toute jeune, Maxence, et belle autant que le fut jamais une créature humaine... Ceci est la mort, je vous l’affirme; elle est en moi: je ne saurais plus mentir... Pourquoi mourez-vous?
—Parce que je suis votre fille, répondit Maxence froidement.
—Est-ce pour cela seulement?