—Si ce maître aveugle et sourd que vous appelez Dieu, et qui est le hasard, ajouta-t-elle,—m’avait donné une fille, aurais-je vécu comme je l’ai fait?... Comprends-tu, à ton âge, de quelle égide mystérieuse la maternité couvre la conscience?... Si j’avais pu aimer, l’enfer n’aurait-il pas été chassé de mon cœur?

—Vous savez bien pourtant que vous avez été mère, repartit Maxence toujours impassible.

Flavie eut un court frémissement.

—Ils t’ont dit cela! murmura-t-elle; c’est vrai, mais mon fils est mort.

—C’est une fille que vous avez eue, ma mère.

Flavie se ramassa en quelque sorte sur elle-même pour vaincre la douleur qui la domptait.

—C’est vrai, dit-elle,—pourquoi mentir si tard?... Mais ma fille, abandonnée, a trouvé une autre famille... Celle-là est heureuse: elle ne connaît point sa mère...

Maxence, au lieu de répondre, se prit à fouiller dans son sein.

Ses mains engourdies cherchaient mal. Elle fut longtemps à soulever les plis de sa robe.

Flavie, cramponnée à la table, la suivait d’un œil évidemment inquiet.