Mais leur faible voix fut étouffée par l’enthousiasme général.

—Allez, la musique!

Si l’enthousiasme n’avait pas suffi, c’était là de quoi étouffer de bien autres bruits que les clameurs essoufflées de nos deux invalides.

Jean Lagard bondit dans l’arène, suivi de son premier antagoniste, l’illustre Plantehoux.

Jean était nu, comme c’est la coutume. Un étroit caleçon rayé rouge et noir lui serrait les reins. C’était la perfection de la structure humaine, et vous eussiez dit, quand il se posa immobile au milieu de l’arène, un marbre antique, échappé par miracle aux injures des siècles.

M. Plantehoux était beaucoup plus grand et beaucoup plus gros que Jean. Il présentait le type accompli de cette vulgaire vigueur qui émerveille nos foules en foire: bras volumineux et musclés brutalement, jambes pléthoriques, vastes épaules supportant un cou très-court, surmonté par une tête de batracien. En marchant, il faisait saillir ses pectoraux, et ses poignets, posés sur ses hanches, gonflaient par un effort coquet et caché ce bourrelet brachial dont les athlètes sont si fiers et dont le nom scientifique est tombé dans le ruisseau: les biceps.

En voyant ces deux hommes en face l’un de l’autre, tout profane eût parié pour M. Plantehoux. Mais il y avait peu de profanes chez Barbedor et ce fut Jean Lagard qui fut bruyamment acclamé.

Après quoi, on les vit se poser tous deux souriants et alertes, puis se tâter.

Se tâter, c’est chercher la prise.

Ce jeu a véritablement quelque chose de gracieux et de mystérieux. Rien dans ses préludes n’annonce les violences du dénoûment. Ils sont là, calmes et en apparence débonnaires. Leurs têtes amies se touchent. Leurs mains luttent si doucement, que vous croiriez à des caresses.