Mais, tout à coup, l’un d’eux a écarté d’un mouvement rapide les mains de son adversaire. Il a trouvé un passage: ses deux bras étreignent les reins de l’autre, qui se roidit, qui gémit, qui souffle et met tous ses efforts à ne pas perdre plante. C’est vif comme une explosion. Avant que vous ayez le temps de voir comment la chose est advenue, un des deux champions a mordu la poussière.
M. Plantehoux, dit le Poteau de Béziers, lutteur émérite, sachant sur le bout du doigt tous les coups possibles, n’avait qu’un soin: se garer. Il n’attaquait jamais et se retranchait dans sa prudente et savante défense.
Jean Lagard n’en était pas là. Jean Lagard avait à soutenir sa réputation éclatante. La défense lui était interdite. On attendait de lui l’attaque brave et dangereuse, qui livre toujours son homme. Noblesse oblige.
Jean Lagard, après deux ou trois minutes de prélude exécuté dans le grand style, ceintura M. Plantehoux, l’enleva de terre et le lança à trois pas. Plantehoux tomba sur le flanc gauche et dit:
—N’y est pas!
Jean sourit, se livra, fut ceinturé à son tour, se dégagea comme une anguille et laissa M. Plantehoux, terrassé sur le flanc droit.
—N’y est pas!
—Ça va venir, murmura Barbedor, qui oubliait toute préoccupation pour se livrer aux jouissances de son dilettantisme éclairé.
Jean vint bonnement se présenter de dos à M. Plantehoux, que la colère rendit écarlate. Plantehoux n’était pas sans savoir que cet insolent défi cachait une feinte; mais, en rassemblant toute sa force pour étouffer son homme, au moment où on l’enlève de terre, il n’y a pas de feinte qui tienne.
Chacun pouvait lire sur la figure de Plantehoux quel effort désespéré il allait tenter. Ses muscles se roidissaient par avance et les veines de son front se gonflaient.—Il opéra la prise en poussant un cri rauque. On entendit ses deux mains claquer en se rejoignant sur le ventre de Jean, qui fut enlevé de terre comme une plume et renversé si brutalement, que chacun craignit pour sa vie.