Mais il fallait bien se taire quand Lagard avait fantaisie de parler.

—La paix! cria-t-il d’une voix qui éclata comme un coup de tonnerre;—apportez-moi le Buffle! J’ai de l’ouvrage, ce soir, et je veux finir ici tout de suite... Bonjour, Muscamel! mon vieux, je vais te faire un temps de tête, pour le bouquet.

D’habitude, MM. les lutteurs sont muets. Jean Lagard avait des priviléges.

M. Muscamel, dit le Buffle de Carpentras, méritait incontestablement son surnom. Il était plus lourd que Plantehoux, et, contre l’ordinaire des forts-et-adroits, ses muscles énormes avaient une riche doublure d’embonpoint. Son crâne, aplati comme la tête d’une grosse couleuvre, et son cou de taureau semblaient le mettre complétement à l’abri du coup annoncé par Jean Lagard.

—Va pour la tête, dit-il en frottant ses mains dans la sciure;—moi, je ferai comme je pourrai.

Il salua et se campa. C’était un obscène athlète: obèse et blafard de peau, seins de nourrice, ventre de Silène.

L’idée d’essayer le temps de tête contre une pareille masse devait sembler extravagante.

Mais Jean Lagard était pressé.

Il se présenta de face, comme s’il eût voulu escarmoucher un peu avant la bataille; ses deux pieds frappèrent à la fois le sol; sa main toucha la grosse épaule du Buffle. Le Buffle n’avait plus rien devant lui; Jean Lagard venait de le franchir comme un cheval à la voltige.

Avant que le lourd colosse pût se retourner, Jean avait noué ses deux mains autour de son cou.