C’était contre Flavie qu’on pouvait le plus utilement diriger l’attaque.

Mais nous aurions étrangement échoué dans les explications jusqu’à présent fournies, si le lecteur pouvait croire que, de ce côté, légalement parlant, l’attaque fût aisée.

Flavie n’était vulnérable que par certains vices, atteints par la loi seulement dans le cas de flagrant délit, et par une série de méfaits anciens, enveloppés de ténèbres épaisses.

Nous avons été obligé d’affirmer ces crimes en racontant l’histoire de Flavie; mais c’est beaucoup plus que la justice n’aurait pu faire, en l’absence des renseignements qui étaient pour nous la base même de cette histoire et dont la justice ignorait le premier mot.

Il ne faut pas oublier que les notes de feu M. le baron du Tresnoy étaient restées dans l’ombre depuis l’instant de sa mort, et que ce décès lui-même n’avait été l’objet d’aucune instruction judiciaire.

En dehors des notes de l’ancien préfet de police, il n’y avait rien, sinon quelques témoignages épars, lesquels ne s’appuyaient sur aucun fait précis.

Citons un exemple:—comment attaquer une femme, posée comme l’était la marquise, sous prétexte de la comédie jouée au chevet de mort de la première comtesse de Mersanz? Quelle preuve donner de ces faits romanesques?

L’habileté suprême chez l’assassin est de porter de ces coups qui ne laissent point de traces. Flavie avait cette habileté.

Tous les deuils qu’elle avait laissés derrière elle semblaient l’œuvre du destin.

Il y avait bien son industrie ordinaire, ces mariages de ses nièces; mais, outre que son nom n’était jamais compromis dans ces intrigues, il eût fallu une instruction longue et subtilement conduite pour débrouiller le réseau de précautions dont elle s’était toujours enveloppée.