La société attend souvent très-longtemps. Et, croyez-moi, c’est qu’elle ne peut pas faire autrement.
Il y avait une dernière circonstance qui renforçait puissamment la position de Flavie. Ses ennemis ne pouvaient pas l’attaquer franchement, c’est-à-dire pour le fait qui motivait leur haine. Il leur fallait faire un coude et aller chercher des armes dans le passé. En effet, la conduite de madame de Sainte-Croix vis-à-vis du comte Achille et de Béatrice pouvait être, au point de vue moral, un modèle achevé de perfidie, de captation, de tout ce que vous voudrez;—mais, vis-à-vis de la loi, qu’y avait-il?
Césarine avait chassé sa belle-mère prétendue,—une concubine de son père!
Le comte ne s’y était pas opposé.
C’était tout. Qu’y faire?
Vis-à-vis du monde, la part que Flavie avait prise à ce fait se colorait d’un mot accepté, choyé, presque béni:—elle avait fait son possible pour régulariser une position.
Et quels étaient ses aides? des brigands? Point. Deux respectables personnes, les propres institutrices de la fille de la maison: mademoiselle Mélite Géran et mademoiselle Philomène Géran.
Ses autres complices l’avaient été à leur insu. C’étaient tous les invités du bal de l’hôtel de Mersanz.
Était-elle cause, en effet, que ce capitaine Roger fût le plus ridicule des hommes et qu’il eût mis le comble à la mauvaise humeur d’Achille en faisant de son jardin une guinguette d’invalides?
Postérieurement, il est vrai, les choses avaient pris une teinte plus foncée. Il y avait eu coup sur coup ventes d’immeubles.—Mais Achille était surabondamment majeur.