Y compris celle de Brutus, qu’il est permis d’admirer jusqu’en rhétorique et non point plus tard.
Que d’amplifications universitaires et couronnées iraient en prison si on les imprimait! Tout est bien, cependant, quoique tout finisse mal.
Marguerite était brave comme la poudre; mais elle n’avait rien de commun avec Lacédémone. Elle était de chair et d’os. Le danger à la fois certain et inconnu qui entourait son Vital la brisait.
Son premier cri était, avons-nous dit, instinctif. Il s’adressait à Jean Lagard, qu’elle savait être dans la salle Barbedor. C’était déjà une demande de secours.—Mais Jean Lagard avait-il entendu?
Il est à peine besoin de dire que l’idée vint à la petite bonne femme d’entrer au château de la Savate et de donner franchement l’alarme. Outre Jean Lagard, il y avait là des hommes qui n’auraient pu refuser leur concours. Mais souvenons-nous qu’elle ne savait rien d’une manière précise et qu’elle n’avait pour guide que son pressentiment. Elle avait été militaire. L’absurdité naïve du point d’honneur des troupiers était cachée en un petit coin de cette tête, si bien organisée d’ailleurs.
C’est encore là quelque chose d’invraisemblable, mais de profondément réel.
Notre vie est pleine de ces contrastes et il faut bien les noter. L’enfantillage se glisse dans les horreurs mêmes du drame, et, si l’on interroge la sincérité des événements, on voit qu’à l’heure des péripéties les plus extrêmes, les tout petits motifs gardent leur importance. Dans la nature, un caillou qui roule produit l’avalanche, et, sur nos chemins de fer, cet immense convoi qui emporte quinze cents existences, va dérailler pour une bûche posée en travers sur le rail, pour moins que cela, pour un verre de vin ajouté à l’ordinaire du mécanicien.
Marguerite, les deux mains sur la poitrine, la respiration haletante, et la tête en feu, disparut dans l’ombre du mur. Jusqu’alors, la route n’avait point manqué de clarté. Les rues, le boulevard extérieur avaient leurs réverbères; la ruelle Saint-Pierre était éclairée par les lampions de Barbedor. Désormais, une nuit noire l’entourait. Elle frissonna sous ses vêtements trempés de pluie. Son pas s’alourdit et glissa sur la terre délayée. Elle ne voyait point les obstacles, et dix fois elle trébucha avant d’avoir atteint l’extrémité du mur.
Si parfois elle se retournait pour mesurer le chemin parcouru, les lueurs qui venaient de la ruelle et qui s’épandaient dans l’atmosphère mouillée l’éblouissaient. Quand elle reprenait sa marche, il lui semblait qu’un opaque et impénétrable bandeau tombait sur ses yeux.
En même temps, parmi ce silence effrayant du dehors, sur lequel l’averse étendait comme un grand murmure, les bruits de la salle de lutte éclataient tout à coup de temps à autre, semblables à des fracas d’orgie.