M. le comte Achille de Mersanz se laissait aller depuis trois semaines sur cette pente fatale que suivent les gens qui ont une fois rompu avec le devoir. Sa passion l’entraînait, passion très-vive et qu’on savait entretenir en lui avec une habileté parfaite,—passion sans cesse excitée, jamais assouvie, qui tuait en lui ce qui restait de sens moral et lui enlevait jusqu’à la possibilité de réfléchir.
Il n’avait pas revu Maxence depuis le bal donné en l’honneur de Césarine; ceci était souverainement politique. Les hommes de l’espèce d’Achille marchent mieux, plus vite et plus longtemps, quand, selon l’expression populaire, on leur tient la dragée haute.
Madame la marquise de Sainte-Croix savait cela. Elle savait tout.
Pas n’est besoin de dire que, pendant ces trois semaines, elle lui avait fait faire du chemin.
Souvenons-nous qu’on avait pris d’abord le comte Achille non-seulement par sa fantaisie, mais encore par sa faiblesse. Il avait dû croire que le monde serait avec lui pour sanctionner sa lâcheté, ou mieux, pour régulariser sa position. La chose n’était pas impossible au début, si certaines limites n’avaient pas été franchies.
Mais la défection du maréchal avait tout gâté. Le monde s’était retourné tout d’une pièce contre ce traître maladroit qui ne savait même pas user des échappatoires acceptées. On trouvait volontiers que l’expulsion de Béatrice était chose toute simple; mais la brouille avec le maréchal ne se pouvait point pardonner.
Quant aux ventes d’immeubles, c’était du délire.
Une fois entré dans cette voie, un homme va droit à Charenton.
Quiconque l’y pousse, fait une bonne œuvre et peut se vanter aussi d’avoir à sa manière régularisé une position.
Vertubleu! que la régularité est une jolie chose et que le monde est bonne personne!