— Messire Aubry ! dit-elle tout bas.

— Est-ce vous, Reine ? répondit une voix lointaine et qui semblait sortir des entrailles mêmes de la terre.

XIII. Où l'on parle pour la première fois de maître Loys.

L'endroit du Mont où se trouvait maintenant Reine de Maurever était à peine assez large pour qu'une personne pût s'y asseoir à l'aise. Immédiatement au-dessus s'élevait la grande plate-forme du château que surmonte la basilique. Reine avait à sa gauche les murs inclinés de la Montgomerie, par où l'on monte au cloître et à toute cette partie des bâtiments appelée la Merveille.

Il y avait un archer de garde dans la guérite de pierre qui flanquait la plate-forme. Reine le savait ; ce n'était pas la première fois qu'elle venait là. Elle savait aussi que la consigne des archers était de tirer sans crier gare, partout où ils apercevaient un mouvement dans les rochers.

Et cette consigne, soit dit en passant, n'était point superflue, car les Anglais tentèrent plus d'une fois, en ce siècle, de s'introduire nuitamment et par trahison dans l'enceinte du couvent-forteresse.

Reine de Maurever, dans sa vie ordinaire, était une enfant timide.

Mais Reine avait le cœur d'un chevalier quand il s'agissait de bien faire.

La mort, elle n'y songeait même pas ! C'était chose convenue avec elle-même que, dans ses courses hasardeuses, la mort était partout, sur les Grèves comme autour du Mont.

Les sables mouvants, la mer, les balles ou les carreaux des arbalétriers, tout cela tue. Reine bravait tout cela.