Et alors ! comme si ce cri eut évoqué une armée de démons, la forêt s'illumina soudain. Des torches brillèrent à travers les arbres, la trompe sonna. Je vis des cavaliers qui accouraient au galop, excitant des chiens lancés ventre à terre.
Je me dis :
— Voici les fils d'Isaac Hellès le juif, qui viennent avec leur meute pour me tuer.
D'un revers, je coupai la courroie qui retenait Loys, et je pris mon épieu à la main. Loys ne s'élança pas. Il resta devant moi, les jarrets tendus, la tête haute. Les juifs criaient déjà de loin : Sus ! sus !
Il y avait un grand chêne qui s'élevait à la droite de la voie ; j'allai m'y adosser, pour ne pas être massacré par derrière.
À ce moment-là même, les fils d'Isaac, avec leur meute et leurs valets, tombèrent sur nous comme la foudre.
Je vois encore leurs visages longs et cuivrés à la rouge lueur des torches.
Vous dire exactement ce qui se passa, Reine je ne le pourrais pas, car je ne le sais guère moi-même.
Un tourbillon s'agitait autour de moi. Je recevais à la fois des coups par tout le corps. Mon front s'inondait de sang et de sueur.
Je me souviens seulement que je disais de temps en temps, machinalement et sans savoir :