À peine était-il endormi que le bruit de la clé de frère Bruno, tournant dans la serrure, le réveilla en sursaut. Frère Bruno était pourtant déjà venu faire sa ronde et raconter son histoire. Ordinairement, il ne venait qu'une fois.

Allait-il prendre l'habitude de faire deux rondes par nuit, et de raconter deux histoires ?

Ou bien le travail nocturne d'Aubry avait-il éveillé les soupçons ?

Avant que notre prisonnier eût eu le temps de répondre en lui-même à ces questions, un pas lourd et sonnant la ferraille succéda au bruit des verrous.

— Eh bien ! mon cousin Aubry, dit une grosse voix à la porte, nous dormons encore ! par mon patron, il paraît que nous faisons ici la grâce matinée ?

Aubry se leva vivement.

— Méloir ! s'écria-t-il.

— Entrez, entrez, sire chevalier, dit le frère Bruno à son tour ; ce n'est pas très grand ces cellules, mais pour ce qu'on y fait, voyez-vous, ça suffit. Je me souviens qu'en l'an trente-cinq, peu de temps après mon arrivée au monastère, il y avait un prisonnier nommé Olivier Triquetaine, lequel prisonnier était si gros qu'on eut bien du mal à lui faire passer la porte pour entrer. Quant à sortir, il n'en sortit que dans sa bière. Cet Olivier Triquetaine était un assez joyeux compagnon. Il disait toujours le samedi soir…

— Quand vous me reconduirez, mon frère, dit Méloir en le congédiant, vous m'apprendrez au long ce que disait Olivier Triquetaine les samedis soirs.

— Bon ! fit Bruno, je n'y manquerai pas, puisque ça vous intéresse, sire chevalier. Il sortit et ferma la porte à triple tour.