— Un chevalier ! répéta Aubry qui haussa les épaules. Et l'on se plaint que la chevalerie s'en va ! Par Notre-Dame, mon cousin, s'il y a beaucoup de gens comme toi portant éperons d'or et cœurs de coquins…
Méloir pâlit.
— J'ai dit cœurs de coquins, appuya Aubry, dont la voix était calme et froide ; si tu as quelque chose dans l'âme, va-t-en ; car je n'aurai pour toi que des paroles de mépris.
— Eh bien ! mon cousin Aubry, dit Méloir en riant de mauvaise grâce, j'en prends mon parti et je reste. Accable-moi, cela te soulagera. Et moi, je prierai Dieu de me compter cette humiliation, chrétiennement supportée, quand il s'agira de passer la grande épreuve.
Que diable ! ajouta-t-il, changeant de ton brusquement ; ne peut-on se faire la guerre et vivre en amis pendant la trêve ? Allons ! cousin Aubry, laisse là ta gourme d'Amadis et causons comme d'honnêtes parents que nous sommes.
Nous ferons remarquer ici que le type normand se divise en trois catégories bien distinctes, mais également sujettes à caution.
Et il est entendu ici que ce mot normand ne s'applique pas du tout dans notre bouche aux habitants d'une province aussi célèbre par son beurre que recommandable par son cidre. Le mot normand est passé dans la langue usuelle au même titre que le mot gascon, que le mot juif, et autres vocables exprimant des nuances de mœurs ou de caractères.
Le Juif est un Arabe double ; l'Arabe est un coquin sans malice qui fait la petite usure et devient rarement ministre des finances. Le Gascon ment pour mentir, c'est un artiste en mensonges ; le Normand n'a garde de faire ainsi de l'art pour l'art : il ment pour de l'argent.
Chez le Gascon, il n'y a pas beaucoup de bon, tandis que chez le Normand, il n'y a rigoureusement que du détestable.
Voici du reste les trois catégories normandes :