Il se prit à la crinière de sa monture et galopa ainsi aux côtés de Méloir.
Plusieurs fois il voulut poursuivre la conversation, mais le mouvement de son cheval et le vent de la grève lui coupaient la parole.
Quand la cavalcade traversa le lieu où le pauvre village de Saint-Jean élevait naguère ses huit ou dix chaumines, Méloir détourna la tête.
Vincent Gueffès pensait :
— Toutes ces bonnes gens se moquaient de moi. On riait quand je passais. Les enfants disaient : voici venir la mâchoire du Normand… la mâchoire avait des dents, elle a mordu, voilà tout.
Et il regardait les places noires qui marquaient l'incendie. C'était un coquin sans faiblesse, n'ayant pas plus de nerfs que de cœur. Placé comme il faut, au temps qui court, il eût été loin, ce maître Vincent Gueffès ! La troupe de Méloir était campée maintenant dans la cour du manoir de Saint-Jean. Les hommes d'armes occupaient la salle où nous avons assisté à ce triomphant souper de la première nuit. Les choses avaient beaucoup changé depuis lors, à ce qu'il paraît, bien qu'on ne fût séparé de ce fâcheux souper que par quarante-huit heures à peine.
Dans la cour, les soudards et archers vous avaient une contenance mélancolique. Bellissan, le veneur, lui-même grondait, sans motif aucun, ses grands lévriers de Rieux.
Il était pourtant arrivé dans la journée sept ou huit lances de Saint-Brieuc avec leur suite.
— Holà, qu'on se prépare à partir ! cria Méloir en entrant dans la cour.
D'ordinaire, ce commandement trouvait tous les soldats alertes et joyeux. Ce soir, ils s'ébranlèrent lentement et comme à contrecœur.