Méloir regarda ceux qui restaient.
— Voilà les brebis parties, s'écria-t-il. Il ne reste plus céans que les loups. Sarpebleu ! mes fils, une dernière danse et qu'elle soit bonne ! Après, s'il le faut, nous aurons toute une quinzaine pour faire notre paix avec le futur duc, que saint Sauveur protège ! ajouta-t-il en touchant la toque qui remplaçait, sur sa tête, le casque conquis par Aubry de Kergariou.
Ce bout de harangue fit un assez bon effet. Péan, Coëtaudon, Kerbehel, Corson, Hercoat et d'autres encore se levèrent et dirent :
— Nous sommes prêts.
— Donc, commençons le bal ! ordonna Méloir. Chacun s'arma. On ne laissa pas un seul soldat au manoir. Bellissan fut chargé d'emmener les lévriers qu'on devait parquer sous la chapelle Saint-Aubert au mont Saint-Michel, afin de couper la retraite aux proscrits s'il s'avisaient de vouloir tenter la fuite à travers les grèves.
À la nuit tombante, la cavalcade sortit du manoir, suivie par les archers et les soldats en bon ordre.
Maître Gueffès était de la partie.
Son souhait se trouvait, du reste, accompli. C'était une véritable armée, une armée trois fois plus forte qu'il ne fallait, selon toute apparence, pour réduire les pauvres gens réfugiés à Tombelène.
XXVI. Avant la bataille.
À Tombelène, on avait dîné gaiement, car la gaieté se fourre partout, même dans une retraite de proscrits. Seulement, il y avait là tant de bouches largement fendues en communication directe avec d'excellents estomacs, qu'un seul repas suffit pour engloutir la presque totalité des provisions apportées.