— Tournons à gauche ! répéta Jeannin à haute voix. Il n'y eut point de réponse. Jeannin pâlit et se prit à trembler.
— Monsieur Hue ! dit-il doucement d'abord. Puis il cria de toute sa force :
— Monsieur Hue ! Le silence ! Sa voix tremblait comme si elle eût rencontré au passage un obstacle inerte et sourd. Il était arrivé ceci : Tout en parlant et sans y songer le frère Bruno et Jeannin s'étaient arrêtés. Pendant cela, les fugitifs, continuant leur route, avaient passé à droite ou à gauche, et ils étaient loin déjà. Les bras de Jeannin s'affaissèrent le long de ses flancs.
— Simonnette ! et la demoiselle ! murmura-t-il.
— Allons, petit ! du courage ! reprit Bruno ; si l'un de nous les retrouve, cela suffira ; prends à gauche ; moi j'irai à droite. Et des jambes !
Ils s'élancèrent chacun dans la direction indiquée. Deux minutes après, il leur eût été impossible de se retrouver mutuellement. Vers ce même instant, Méloir et ses hommes d'armes arrivaient à Tombelène qu'ils avaient manqué plusieurs fois dans le brouillard. Bruno avait deviné juste. Dès que Méloir reconnut que les fugitifs avaient quitté leur retraite, il mit ses lévriers sur leur trace, et ouvrit la chasse gaiement.
— Par mon patron, dit-il ; j'aime mieux la chose ainsi ! nous allons les forcer comme des lièvres en plaine.
Péan, Kerbehel, Hercoat, Corson, Coëtaudon, suivis des archers et soudards à pied, s'élancèrent dans la voie. Bellissan, le veneur, tenait son meilleur lévrier en laisse et ouvrait la marche.
Le brouillard était toujours aussi intense, les hommes d'armes, montés sur leurs chevaux, ne voyaient point le sol ; mais chacun d'eux tenait la laisse d'un lévrier et ils allaient en ligne droite, comme s'il eût fait beau soleil.
Les chiens s'arrêtèrent sur les bords de la rivière qui passe entre le mont Saint-Michel et Tombelène. Bellissan n'était pas homme à s'embarrasser pour si peu. Il passa l'eau et connut les traces nouvelles comme s'il se fût agi d'un cerf ou d'un sanglier, puis il caressa doucement son lévrier en disant :