Si les choses eussent été comme autrefois, si René de Kervoz avait passé encore ses soirées à causer dans la maison de son futur beau-père, le patron des maçons du Marché-Neuf, il aurait entendu plus d'une fois prononcer ce nom de Wenzel; il aurait pu prendre des renseignements précieux.

Car on parlait souvent du comte Wenzel chez Jean-Pierre Sévérin, dit Gâteloup. Le comte Wenzel faisait partie d'un trio de jeunes Allemands, anciens étudiants de l'Université de Tubingen.

Il y avait Wenzel, Hamberg et Koenig: trois amis, jeunes, riches, heureux.

Mais René ne causait plus chez les parents d'Angèle.

Il venait là chaque jour comme ou accomplit un devoir. Il souffrait, voyait souffrir les autres et se retirait désespéré. L'idée d'un meurtre commis était donc en lui à l'état confus.

Nous irons plus loin: nous dirons qu'en lui existait l'idée d'une série de meurtres. L'impression qu'il gardait était ainsi. La trappe cachée sous les caisses de fleurs avait dû servir plus d'une fois.

Et c'était là l'excuse la plus plausible qu'il pût fournir à sa conscience pour le désir passionné qu'il avait d'entretenir son inconnue.

Pour lui, en effet, la maison mystérieuse contenait deux femmes, la blonde et la brune: il les avait vues de ses yeux: «la comtesse» et celle qui n'avait point de titre, la femme sanglante, à qui tous les crimes incombaient naturellement, si crime il y avait, et l'ange sauveur.

La veille du jour où nous avons pris le début de notre histoire, montrant ces trois personnages échelonnés sur le quai de la Grève: René d'abord, puis Angèle qui suivait René, puis l'homme à cheveux blancs qui suivait Angèle, René avait éprouvé comme un contre-coup de l'émotion ressentie dans la maison mystérieuse.

C'était encore à Saint-Louis-en-l'Ile, et c'était la première fois que son inconnue manquait au rendez-vous assigné.