Rendez-vous n'avait point été donné cette fois.

Soit que René se fût trompé réellement, soit qu'il eût affecté de se méprendre, il avait abordé une femme qui ne l'attendait point, la blonde madone tant admirée par Germain Patou et qui se trouvait là pour tout autre objet.

A la suite de quelques paroles échangées, il était sorti par la porte latérale et avait gagné le vieux pavillon de Bretonvilliers, où on lui avait ordonné de se rendre.

Un coin du voile, à tout le moins, se levait: la blonde avait consenti à porter un message à la brune.

Pendant l'espace de temps assez long que René fut obligé de passer seul, dans le grand salon du pavillon, il interrogea plus d'une fois ses souvenirs, cherchant à savoir si cette maison était celle où il avait été rapporté évanoui—ou endormi, après la nuit du 12 février.

Sa mémoire était restée muette, quant aux meubles et tentures, mais l'impression générale lui disait: Ce n'est pas ici. Les lieux ont non seulement une physionomie, mais encore une saveur; René resta convaincu que la chambre où il avait couché ne faisait point partie de cette maison.

Lila! il savait ce nom enfin! Et c'était la blonde qui avait trahi le secret de la brune.

Elle avait dit, étonnée et peut-être effrayée, car il eût fallu peu de chose pour déranger la trame subtile qu'elle était en train de tisser à l'église Saint-Louis, elle avait dit:

—Allez au pavillon de Bretonvilliers, frappez six coups ainsi espacés: trois, deux, un, et quand la porte s'ouvrira, prononcez ces mots: Salus Hungariae. Vous serez introduit, et je vous promets que ma soeur Lila viendra vous rejoindre.

Lila! Sait-on quels torrents d'harmonie peuvent jaillir d'un nom?