Lila vint.—René était à la fenêtre, où la pauvre Angèle le regardait d'en bas, devinant dans la nuit sa figure bien-aimée. Depuis quelques secondes les yeux de René s'étaient fixés par hasard sur une forme indécise, une forme de femme affaissée sur la borne du coin.
Certes, il ne la voyait pas dans le sens exact du mot: l'ombre était trop épaisse; mais le remords a des rêves comme l'espoir.
Une sueur froide baigna les tempes de René; le nom d'Angèle expira sur ses lèvres.
Il ne la voyait pas, pourtant, nous le répétons, puisque, pour lui, la femme de la borne portait un petit enfant dans ses bras. Il voyait le petit enfant plus distinctement que la femme.
Mais Lila vint, et René ne vit plus rien que Lila. Angèle, la vraie Angèle, car, hélas! ce n'était pas une vision, tomba mourante, tandis que René oubliait tout dans un baiser. Le premier baiser!…
X
TÊTE-A-TÊTE
Les heures passèrent, mesurées par la cloche enrouée de Saint-Louis-en-l'Ile.—Le dernier bruit de la rue fut le passage de ces hommes qui emportèrent Angèle au cabaret de la Pêche miraculeuse.
Nous retrouvons Lila et René où nous les avons laissés, assis l'un près de l'autre sur l'ottomane du boudoir, les mains dans les mains, les yeux dans les yeux.
Et nous disons encore une fois qu'il eût été difficile de trouver un couple plus jeune, plus beau, plus gracieux.