—Sa Majesté! répéta Despaux sans trop d'étonnement.

—Ai-je dit Sa Majesté?… C'est la preuve du respect profond que je porte au premier consul… Soyez prudent monsieur l'inspecteur… peut-être le hasard vous a-t-il permis aujourd'hui d'élever vos regards beaucoup au-dessus de votre sphère… Veuillez placer deux agents en observation… et faites entrer l'homme qui vient me parler de Georges Cadoudal.

Le secrétaire général repoussa son siège et se mit sur ses pieds. D'un geste solennel il congédia Despaux, qui voulait protester contre ses dernières paroles.

L'instant d'après, on entendit de lourdes bottes marcher dans une chambre voisine. C'étaient les deux agents qui prenaient leur poste d'observation.

Puis l'huissier de service introduisit le mystérieux inconnu par la porte du fond.

M. Berthellemot était debout. Il toisa le nouvel arrivant de la tête aux pieds avec ce regard prétendu profond des comédiens qui jouent M. de Sartines ou M. de la Reynie, aux théâtres de mélodrames.

Notez que ce regard seul suffirait pour mettre immédiatement le plus vulgaire coquin sur ses gardes.

J'affirme sur l'honneur que M. de la Reynie, qui était un homme de grand mérite, ni même ce bon M. de Sartines, qui n'en avait pas beaucoup plus que M. Berthellemot, ne firent jamais usage de ce regard compromettant.

Ce regard a pourtant grand succès au théâtre. Un comédien qui se respecte n'en choisit jamais d'autre quand il a occasion de se déguiser en lieutenant de police.

Ce regard ne sembla produire aucune impression quelconque sur le singulier personnage qui entrait et qui se retourna paisiblement pour remercier l'huissier de sa complaisance.