Mais Jean-Pierre souriait déjà.

—C'était un petit ange, dit-il, et nous la nommâmes Angèle, comme sa mère… Mon Dieu, oui, vous l'avez très bien compris, le mal était fait. La nuit où j'entrai dans la chambrette d'Angèle avec mes pistolets, René était là pour accomplir ou promettre une réparation. Tout cela nous fut expliqué, car je n'ai point de secret pour ma femme, et ma femme ne sut pas être plus sévère que moi. Nous acceptâmes toutes les promesses de René de Kervoz; nous reconnûmes la sincérité des explications qu'il nous donna. Il ne pouvait pas se marier maintenant; le mariage fut remis à plus tard, et nous formâmes une famille.

C'était une belle et douce chose que de les voir s'aimer, ce fier jeune homme, cette chère, cette tendre jeune fille. Oh! je ne vous empêche plus de rire. Il y a là, dans mon coeur, assez de souvenirs délicieux et profonds pour combattre tous les sarcasmes de l'univers!

Ils étaient là, le soir, entre nous. Je ne sais pas si ma pauvre femme n'aimait pas autant son René que son Angèle.

Il me semble que je les vois, les mains unies, les sourires confondus, lui soucieux parce qu'Angèle était bien pâle, malgré sa souffrance, heureuse d'être ainsi adorée.

Puis Angèle refleurit; elle fut belle autrement et bien plus belle avec son enfant dans ses bras…

Ici, M. Berthellemot consulta sa montre à son tour, une montre élégante et riche.

—Heureusement que j'avais un peu congé ce soir, murmura-t-il. Vous n'êtes pas bref, mon voisin.

—Je le serai désormais, monsieur l'employé, répliqua Jean-Pierre en changeant de ton du tout au tout. Aussi bien, je plaide une cause gagnée; votre excellent coeur est ému, cela se voit!

—Certes, certes… balbutia le secrétaire général.