—Je passe par-dessus les détails et j'arrive à la catastrophe. Voilà un mois, à peu près, notre petit ange avait six semaines, et sa jeune mère, heureuse, lui donnait le sein, René vint nous annoncer un soir que rien ne s'opposait plus à l'accomplissement de sa promesse, et Dieu sait que le cher garçon était plus joyeux que nous.
Il n'y a pas beaucoup d'argent à la maison, et René, pour le moment n'est pas riche. Cependant il fut convenu que la noce serait magnifique. Une fois en notre vie, ma pauvre femme et moi nous eûmes des idées de luxe et de folie. Ce grand jour du mariage d'Angèle, c'était la fête de notre bonheurs à tous.
Elle fut fixée à trente jours de date, cette chère fête, qui ne devait point être célébrée.
Angèle et René devaient être mariés après-demain.
Nous nous mîmes à travailler aux préparatifs dès ce soir-là, et ce soir-là, comme si le ciel nous prodiguait tous les bons présages, notre petit ange eut son premier sourire.
Quinze jours se passèrent. Une fois, à l'heure du repas, René ne parut point.
Quand il arriva, longtemps après l'heure, il était soucieux et pâle.
Le lendemain, son absence fut plus longue.
Le surlendemain, Angèle manqua aussi au souper de famille. La petite fille se prit à souffrir et à maigrir: le lait de sa mère, qui naguère la faisait si fraîche, s'échauffa, puis tarit. Nous fûmes obligés de prendre une nourrice.
Que se passait-il?