—Si vous comprenez, grand bien vous fasse! reprit Patou. Je continue. Un quart d'heure environ se passa. Cette brave église de Saint Louis-en-l'Ile ne reçoit pas beaucoup de visites. La première personne qui entra fut ce grand garçon d'Allemand à qui vous donniez des leçons d'escrime dans le temps.
—Ramberg, murmura le gardien. Je l'ai vu.
—C'est une rencontre qui a dû vous étonner, car vous m'aviez dit qu'il était reparti pour l'Allemagne. En entrant, il alla droit à la sacristie, où l'abbé Martel et la divine blonde le rejoignirent bientôt. Dans la sacristie, il y eut une conférence d'un peu plus de vingt minutes, à la suite de laquelle la blonde délicieuse alla s'agenouiller devant l'autel de la Vierge, tandis que l'Allemand et l'abbé Martel prenaient place au confessionnal. Est-ce qu'on ne se confesse pas avant de se marier, patron?
Le gardien ne répondit point. Patou poursuivit:
—M. René de Kervoz entra pendant que l'Allemand se confessait. Angèle le suivait de près. Vous jugez si j'avais mes yeux et mes oreilles dans ma poche!
René de Kervoz traversa l'église d'un pas rapide. Ce ne devait pas être la première fois qu'il avait un rendez-vous dans ce lieu, ou tout au moins dans un lieu pareil.
Ma déesse blonde entendit le bruit de ses pas et se retourna. Elle mit un doigt sur sa bouche. Kervoz s'arrêta comme par enchantement. Ils se croyaient seuls tous deux, car Angèle, pâle, essoufflée et prête à tomber d'épuisement, mais les yeux en feu et la poitrine haletante, se tenait immobile à quelques pas de moi, derrière le même pilier.
La nuit venait déjà. Angèle ne me voyait pas. Quand elle s'agenouilla, ne pouvant plus se tenir sur ses jambes, j'aurais pu la toucher, rien qu'en étendant la main.
Je restais immobile, mais j'avais le coeur serré par le bruit sourd des sanglots qui déchiraient sa poitrine.
Ils devaient se croire seuls. Ni l'un ni l'autre ne soupçonnait ma présence, et, du confessionnal où l'abbé Martel écoutait l'Allemand, on ne peut voir l'autel de la Vierge.