Il alluma une mèche que l'Illyrien Donaï lui arracha des mains, répondant:

—Les hommes meurent en combattant!

Le bruit des crosses de fusil heurtant contre la porte d'entrée retentit en ce moment.

Deux ou trois parmi les conjurés proposèrent de fuir. Il n'était plus temps. Un coup de mousquet, tiré à l'extérieur, fit sauter la serrure de la porte principale, tandis qu'on attaquait avec la hache la porte de derrière.

Taïeh, le nègre, prit ce dernier poste avec cinq hommes résolus, tandis que les Allemands, menés par Donaï, se rangèrent ou bataille devant l'entrée principale.

Les deux portes s'ouvrirent en même temps. Tous les fusils éclatèrent à la fois, au dehors et au dedans, puis une large explosion se fit, soulevant le plafond et déchirant les murailles.

Andréa Ceracchi avait secoué le flambeau au-dessus du baril de poudre.

Il y eut douze hommes de tués parmi les assaillants, et tous ceux qui étaient dans la salle périrent, tous sans exception.

La Morgue neuve eut pour étrenne ces vingt-sept cadavres mutilés, parmi lesquels celui de Taïeh, le nègre, excita une curiosité générale. Il n'y a point à Paris de théâtre qui se puis vanter d'avoir eu un succès aussi long, aussi constant que la Morgue. Sa pièce muette et lugubre, toujours la même, eut pendant plus de soixante années trois cent soixante-cinq représentations par an, et jamais ne lassa le parterre.

Néanmoins, la Morgue ne devait point retrouver la vogue fiévreuse de ce premier début, autour duquel la ville et les faubourgs se foulèrent et s'étouffèrent deux jours durant, avec folie.