En sortant, la cohue terrifiée, mais non rassasiée, prenait le chemin du Marais et gagnait la chaussée des Minimes, espérant assister à un spectacle encore plus curieux. Les gens d'imagination, en effet, disaient merveilles de ce trou rempli par les victimes de la vampire, et si quelque spéculateur avait pu établir un bureau de perception à la porte de l'hôtel habité récemment par la vampire, Paris, en une semaine, lui eut fait une énorme fortune.
Mais c'était là un fruit défendu. Paris, désappointé, dut s'en tenir à la Morgue. Pendant plusieurs jours, un cordon de troupes défendit les abords de l'hôtel occupé naguère par la comtesse Marcian Gregoryi.
Revenons maintenant à nos personnages.
Dès huit heures du matin, Jean-Pierre Sévérin était à son poste.
Quoiqu'il eût franchi en courant l'espace qui sépare le carrefour de
Buci de la place du Châtelet, il assista, calme et grave au transfert
des registres qui se fit de l'ancien greffe au nouveau.
Il resta la journée entière à son devoir, et ce fut lui qui reçut les restes mortels des malheureux foudroyés au chemin de la Muette.
A l'heure où les portes se ferment, il quitta le greffe et rentra dans la maison.
Sa femme et son fils étaient agenouillés dans la chambrette d'Angèle, devant un pauvre petit lit où gisait une forme couchée.
Dans un berceau au pied du lit, un enfant dormait. La hideuse injure qui avait mutilé le front d'Angèle disparaissait sous un bandeau de mousseline blanche. Elle était belle d'une pureté céleste et ressemblait, sous sa candide couronne, à une religieuse de seize ans, endormie dans la pensée du ciel.
Jean-Pierre dit à son fils qui pleurait silencieusement:
—Tu ne seras ni puissant ni fort sans doute mais tu seras bon. Regarde bien cela. J'en ai sauvé quelques-unes. Je te dirai plus tard le nom des ennemis qui les entraînent dans le gouffre du suicide. Et tu feras comme moi, mon fils, tu combattras.