Ceux qui le connaissaient et qui l'eussent vu en face à cette heure auraient remarqué avec étonnement le rouge ardent remplaçant la pâleur habituelle de sa joue.
Ses yeux brûlaient sous ses sourcils violemment contractés.
Angèle, pauvre douce enfant, avait grandi entre deux coeurs simples et bons, son père d'adoption et sa mère, les deux seuls amis qu'elle eût au monde. Elle ne savait rien de la vie.
Elle ne voyait point le visage de René; par conséquent elle ne pouvait lire le livre de sa physionomie.
Mais sait-on où elles prennent cette seconde vue? Il y a une admirable sorcellerie dans les coeurs malades d'amour. Ce qu'elle ne voyait pas, Angèle devinait.
La passion qui bouleversait les traits de René de Kervoz avait dans l'âme d'Angèle comme un écho douloureux et navré.
Elle ne songeait pas à elle-même; sa pensée était pleine de lui.
Souffrait-il? Parfois c'est le bonheur qui écrase ainsi.
Elle avait presque aussi grande frayeur de la souffrance que du bonheur.
Et pourtant, d'ordinaire, c'est le bonheur seulement que redoute la jalousie des femmes.