Les murailles, revêtues de boiseries pleines, aux moulures sévères, avaient un aspect presque claustral qui contrastait singulièrement avec les décorations coquettes et toute modernes de la serre.
René avait dormi d'un sommeil paisible et profond, s'éveilla reposé, sa tête était lourde, un peu vide, mais il ne ressentait aucune douleur.
Voici ce que vit son premier regard, et peut-être que sans cet aspect, explicatif comme les illustrations que notre vie enfantillage ajoute à tout texte désormais, il eût été bien longtemps à repêcher les vérités éparses parmi la confusion de ses souvenirs.
Dans la serre, à travers les carreaux, il aperçut le nègre—le nègre géant—qui fumait une paille de maïs bourrée de tabac, couché tout de son long qu'il était sous un latanier en fleurs.
Ce nègre regardait en l'air avec béatitude le vol tortueux des fumées de son cigarite et semblait le plus heureux des moricauds.
Rien dans son affaissement paresseux n'annonçait la férocité.
Il n'avait plus ce couteau aigu et diaboliquement effilé qui avait été si près de faire connaissance avec les côtes de notre jeune Breton.
Dans la chambre même et non loin de la fenêtre qui donnait sur le jardin, ce jeune homme très maigre et très pâle, qui avait les cheveux tout blancs, lisait, plongé dans une bergère et les pieds sur un fauteuil. Il portait un costume bourgeois d'une rigoureuse élégance.
René ne vit pas autre chose au premier moment.
Mais un autre sens, sollicité plus vivement que la vue elle même, fit retomber ses paupières fatiguées et bien faibles encore.