Au moment où la voix cessait de chanter, une porte latérale s'ouvrit, et la grande vieille femme au costume hongrois qui était sortie de la maison isolée avec un flambeau à la main, la nuit précédente, entra, portant une tasse de chocolat sur un plateau.

Le bruit de son pas fit tourner la tête au jeune homme maigre et pâle coiffé de cheveux blancs.

—Salut, domina Yanusza, dit-il avec une railleuse affection de respect.

La vieille fit une révérence roide et digne.

—Je ne suis pas une maîtresse, je suis une servante, docteur Andréa Ceracchi, répondit-elle en latin. Voulez-vous me parler une fois sans rire, vous qui devriez toujours pleurer, depuis l'heure où votre frère tomba sous la main du tyran?

L'Italien eut un spasme qui contracta ses traits, et ses lèvres minces se froncèrent.

—Le rire est parfois plus amer que les larmes, bonne femme Paraxin, murmura-t-il, employant pour lui répondre le latin tudesque qui leur servait à s'entre-comprendre.

—Docteur, dit-elle avec une emphase étrange, moi, je ne ris ni ne pleure: je hais. On dit que le général Bonaparte va se faire acclamer empereur. Si vous laissez aller, il ne sera plus temps.

—Je veille! prononça lentement celui qu'elle avait nommé Andréa
Geracchi.

René se souvint de ce nom, qui appartenait à l'un des deux Romains impliqués dans le complot dit des Horaces, le compagnon de Diana et d'Arena, à l'homme jeune et beau dont la fin stoïque avait tenu huit jours durant Paris et le monde on émoi: au sculpteur Joseph Ceracchi.