—Monsieur, dit-il au lieu de répondre et avec un visible embarras, dans mon pays, il est possible d'activer les recherches de la police avec de l'argent.

—En France, répliqua simplement le commissaire, les magistrats regardent toute offre d'argent comme la plus grave des insultes.

Le duc s'inclina, puis se leva.

—Je suppose bien pourtant, continua le commissaire, que Votre Excellence n'a point voulu outrager un honnête homme qui ne lui a jamais fait de mal. Je suppose encore, ou plutôt je suis certain, que Votre Excellence a des motifs tout charitables pour s'intéresser à cette affaire.

Peut-être y avait-il ici une toute petite pointe de moquerie, voilée sous la gravité respectueuse du débit. Le duc de Chaves se redressa.

—Je parle ainsi, poursuivit encore le commissaire, pour entrer, autant que cela est possible, dans les idées de Votre Excellence. En France, comme partout, l'administration emploie des subalternes. Ce sont même des subalternes qui cherchent et qui trouvent. Il est certain que l'argent met à leur disposition des moyens de trouver; il est certain aussi que la perspective d'une récompense les encourage et les stimule.

Le duc de Chaves prit dans son portefeuille deux billets de mille francs qu'il déposa sur le bureau.

—C'est trop, dit le commissaire en souriant. Nous n'avons pas de mines d'or chez nous. Avec la moitié de cette somme je ferai plus que le nécessaire, et il vous sera rendu compte de l'emploi de votre argent.

Il prit un des billets et écrivit quelques lignes sur un papier à tête imprimée qu'il présenta ouvert au noble Portugais.

—J'engage Votre Excellence à se rendre sur-le-champ chez monsieur le chef de la sûreté, à la préfecture, dit-il en se levant à son tour. Ce mot servira d'explication et, là-bas, l'autre billet pourra trouver son emploi.