Quand elle parlait, c'était pour égrener tout le chapelet de ses souvenirs.

Elle ne tarissait pas alors, racontant le sommeil de Justine, son réveil, ses sourires, disant comme on l'aimait et comme on l'admirait, décrivant ses succès dans le cercle où l'on saute à la corde, répétant ses reparties enfantines, ses naïvetés, ses finesses, ses caprices, ses méchancetés mignonnes, et les élans de son petit cœur. C'était comme une litanie d'amour où la pauvre âme blessée épanchait son tourment.

Médor écoutait religieusement ce radotage enfantin qu'il avait déjà entendu tant de fois, et, tout en faisant son ouvrage, il donnait la réplique juste comme il le fallait, rappelant au besoin quelque cher détail que la mère elle-même oubliait.

Dans le monde entier, la bonté de Dieu n'aurait pas pu choisir un oreiller plus neutre et plus doux pour reposer la tête endolorie de la Gloriette.

Était-elle reconnaissante? Elle était bonne, mais on ne saurait dire si elle avait conscience du soulagement que lui apportait ce dévouement inespéré. Elle vivait en elle-même, ou mieux elle végétait, absorbée et engourdie.

Quoi qu'il en fût, Médor ne lui demandait rien de plus; on le laissait se dévouer. Sans éclaircir la question plus que Lily, il allait son chemin, reconnaissant et content.

Une circonstance, cependant, préoccupait Lily en dehors de ses adorés souvenirs, c'était la lettre écrite et envoyée le surlendemain de la catastrophe. Elle avait dit, en mettant l'adresse que nous avons transcrite:

—Pour avoir la réponse, il faut trois jours.

Le troisième jour, vers le soir, elle avait attendu le facteur, le lendemain aussi; le soir qui suivit, elle avait secoué sa blonde tête si douloureusement pâlie en murmurant:

—Tout est fini! bien fini!