Elle baisa les petits souliers et leur chercha une place sur l'autel. Puis elle dit encore:

—On doit parler d'elle au Jardin des Plantes, bien sûr. Je pensais cette nuit: mère Noblet va tous les jours dans le bosquet avec ses petits; c'est à elle qu'on doit dire tout ce qu'on apprend, tout ce qu'on sait, tout ce qui court... Si vous alliez causer avec mère Noblet?

Médor était déjà debout. Il mit sa casquette, passa la porte et descendit l'escalier quatre à quatre.

—Quoique, reprit Lily dont les yeux s'éteignirent, mère Noblet est une bonne vieille, elle n'aurait pas attendu; si elle savait quelque chose, elle serait venue me voir...

—Quinze jours! s'interrompit-elle. Mon Dieu! mon Dieu! quinze jours que je ne l'ai plus!

Elle se laissa tomber sur une chaise, auprès du berceau et resta immobile, les mains jointes sur ses genoux.

Elle était merveilleusement belle avec la pâleur presque transparente de ses joues, encadrées dans le splendide désordre de ses cheveux. Le jeûne involontaire avait agrandi ses grands yeux. Il y avait je ne sais quoi d'attendrissant et de charmant dans la désolation même de son sourire. Elle avait ce rayonnement de suave douleur qui fait adorer la Mère des larmes.

Elle demeura ainsi longtemps, muette et perdue dans ce rêve, toujours le même, qui ressuscitait les joies mélancoliques de son passé. Le jour allait baissant. Des pas se firent entendre dans l'escalier.

—Déjà! dit-elle, en pensant que c'était Médor.

Mais à peine eut-elle prononcé ce mot que son cou gracieux se tendit en avant, tandis qu'un peu de sang montait à ses joues. Ses yeux s'ouvrirent tout larges.