Saphir ne regardait pas le paysage. Il est diverses sortes de natures poétiques, ou plutôt l'élément poétique se modifie avec le temps chez les mêmes natures. Saphir n'en était pas encore aux émotions que fait naître la vue d'une belle campagne. Saphir restait prise par les lettres et par le portrait.
Tout à coup un grand bruit de roues se fit dans l'avenue qui descendait en forêt, et juste au moment où l'arche Canada passait au trot solennel de ses percherons, une élégante calèche découverte tourna au galop l'angle de la route.
Dans la calèche, qui portait un écusson timbré de la couronne ducale, il y avait une femme jeune encore et d'une beauté si attrayante que Saphir, pour l'avoir seulement entrevue, bondit à la fenêtre de son réduit.
Auprès de la jeune femme emportée par le galop de ses chevaux et qu'on n'apercevait plus déjà que par-derrière, donnant ses cheveux blonds au vent sous l'abri de son ombrelle blanche, s'asseyait un homme d'un certain âge à la figure fortement basanée, qui se tenait immobile et droit. Ses cheveux très noirs et sa barbe de même couleur étaient chinés de plaques grisonnantes.
Saphir vit tout cela et le remarqua je ne sais pas pourquoi. Elle ne l'aurait pas si bien remarqué si son regard fût tombé tout de suite sur un beau et fier jeune homme à cheval qui caracolait de l'autre côté de la calèche, causant et riant avec la grande dame.
Dès que mademoiselle Saphir eut aperçu ce jeune homme, elle ne vit plus rien; sa joue devint pâle comme le marbre, ses mains blêmies se joignirent et elle tomba faible sur ses genoux en balbutiant:
—Hector! c'est Hector!
C'était Hector, en effet, le comte Hector de Sabran.
Il accompagnait, sur la route de Paris, M. le duc et Mme la duchesse de Chaves.