«Et je me souviens de son nom parce qu'il est drôle, s'interrompit ici le concierge; il s'appelle Médor.
—Médor! répéta madame de Chaves d'une voix étouffée.
Elle renvoya le concierge et tomba sur un fauteuil en répétant pour la seconde fois:
—Médor!
Sa tête était faible et le flot de pensées qui se ruait dans son cerveau lui faisait mal.
Quatorze ans auparavant, elle avait laissé ce portrait dans sa chambrette, avec tout ce qui lui appartenait.
Sans doute, elle avait la pensée de revenir ou du moins d'envoyer prendre ces chères reliques, mais les choses avaient marché avec une rapidité inattendue; celui qui l'emmenait ne voulait point lui laisser le temps de la réflexion.
La voiture où elle était montée avec monsieur le duc de Chaves, à la porte de sa maison, l'avait conduite à la gare de chemin de fer du Havre, et une heure après son départ de chez elle, un train express l'emportait vers la mer.
Elle avait regretté bien souvent ces choses abandonnées qui étaient l'amusement de sa douleur: le berceau surtout, le berceau tout plein de jouets, de robes, de collerettes, avec le bouquet de lilas desséché, le lilas de la bonne laitière.
L'autel.—Et comme ce nom de Médor ressuscitait énergiquement tous ces souvenirs!