»Elles sont heureuses, celles qui ont des compagnes à qui confier le trop-plein de leur âme: peines ou bonheur. Moi, je n'ai point d'amie. Je suis seule, toute seule. Je n'ai que lui. Quand je le vois, je deviens muette. Que lui dirai-je? Il ne me demande rien.
»Et pourtant, ce n'est pas pour moi que je prends la plume. Je n'écrirais pas si je n'avais l'espoir d'être lue, sinon de mon vivant, au moins après ma mort.
»Je crois que je mourrai bien jeune.
»Je ne le souhaite pas: Dieu me garde de le craindre.
»Si je mourais, il me regretterait.—Moi, je le regretterais même au ciel.
»Mais, d'en haut, je verrais peut-être le dedans de son cœur. Quand cette idée me vient, je voudrais mourir.
»Il m'a dit que mon père était mort. Ma mère doit vivre.
»Ma mère, j'écris pour vous. Mon cœur est à lui tout entier, mais il est tout à vous aussi. Je voudrais demander à ceux qui le savent le mystère de cette double tendresse. Avons-nous deux cœurs?
»J'écris pour vous. Il me semble qu'à vous je ne cacherais rien et que j'aimerais à vous montrer les plus secrets replis de mon âme. Me trompé-je? Une mère n'est-elle pas l'amie qui doit tout savoir, le médecin qui peut tout guérir?
»Je vis une fois, par la fenêtre ouverte d'une maison, une jeune fille agenouillée devant une femme à la beauté douce et grave. L'enfant pleurait: mais c'étaient de bonnes larmes; la mère, émue et souriante, se penchait pour baiser ses cheveux.