—Plût à Dieu! monseigneur! répondit-il; si seulement le ciel m'eût fait avare! si seulement je pouvais aimer mes pauvres écus comme l'amant adore sa maîtresse... c'est une passion, cela!... j'emploierais mon existence à l'assouvir... Qu'est le bonheur, sinon un but dans la vie? Un prétexte de s'efforcer et de vivre?... Mais n'est pas avare qui veut... J'ai longtemps espéré que je deviendrais avare... je n'ai pas pu... je ne suis pas avare!...
Il poussa un gros soupir et croisa ses bras sur sa poitrine.
—J'eus un jour de joie, continua-t-il, rien qu'un jour... Je venais de compter mon trésor... Je passai un jour tout entier à me demander ce que j'en ferais... J'avais le double, le triple de ce que je croyais... Je répétais dans mon ivresse: Je suis riche! je suis riche... Je vais acheter le bonheur...
Je regardai autour de moi... personne...
Je pris un miroir. Des rides et des cheveux blancs déjà!
Déjà!... N'était-ce pas hier qu'on me battait enfant?
—Le miroir ment! me dis-je.
Je brisai le miroir.—Une voix me dit:
—Tu as bien fait! ainsi doit-on traiter les effrontés qui parlent franc ici-bas!
Et la même voix encore: