—Monseigneur, vous qui êtes grand, vous qui êtes puissant, vous pouvez juger de haut. Ce n'est pas d'aujourd'hui que vous connaissez vos dévoués serviteurs... souvenez-vous des fossés de Caylus où nous étions ensemble...
—La paix! s'écria Peyrolles épouvanté.
Gonzague, sans s'émouvoir, dit en regardant ses amis:
—Ces messieurs ont déjà tout deviné... s'ils ignorent quelque chose, on le leur apprendra... Ces messieurs comptent sur nous comme nous comptons sur eux. Il y a entre nous réciprocité d'indulgence... Nous nous connaissons les uns les autres.
M. de Gonzague appuya sur ces derniers mots. Y avait-il un seul de ces roués qui n'eût quelque péché sur la conscience... Quelques-uns d'entre eux avaient eu déjà besoin de Gonzague dans leurs démêlés avec les lois; en outre, leur conduite de cette nuit les faisait complices. Oriol se sentait défaillir... Navailles, Choisy et les autres gentilshommes tenaient les yeux baissés.
Si l'un d'eux eût protesté, tout était dit, les autres eussent suivi. Mais nul ne protesta.
Gonzague dut remercier le hasard qui avait éloigné le petit marquis de Chaverny.
Chaverny, malgré ses défauts, n'était point de ceux qu'on fait taire. Gonzague pensait bien se débarrasser de lui cette nuit et pour longtemps.
—Je voulais seulement dire à monseigneur, reprit Cocardasse, que de vieux serviteurs comme nous ne doivent point être condamnés légèrement... Nous avons, Passepoil et moi, de nombreux ennemis, comme tous les gens de mérite... Voici mon opinion que je soumets à monseigneur avec ma franchise ordinaire; de deux choses l'une: ou le chevalier de Lagardère est ressuscité, ce qui me paraît invraisemblable, ou cette lettre est un faux, fabriqué par quelque coquin pour nuire à deux honnêtes gens... J'ai dit.
—Je craindrais d'ajouter un seul mot, dit frère Passepoil, tant mon noble ami a rendu éloquemment ma pensée.