Ce fut une fête mélancolique que ces accordailles où le fiancé prenait en même temps congé pour aller au loin affronter les hasards de la guerre, et où la fiancée avait des pleurs sous le voile serein de sa résignation; mais ce fut une grande fête. On rompit l'anneau, selon la coutume des Flandres. Mme Dupleix mit au cou de Jeanneton une petite croix de diamants qui était une relique et dont la vue mouilla les yeux de son mari:

—Tes premières pierreries, Jeanne! murmura-t-il: je n'étais pas encore riche quand je te les donnai, et ce sont les seules que tu aies gardées!

Lui-même, il parut au dîner avec son grand cordon de l'ordre de Saint-Louis. Pour un moment, sa tête s'était redressée.

Mais quand les deux jeunes gens lui demandèrent sa bénédiction, tout ce courage factice tomba, et il dit en un gémissement profond:

—Mes enfants! oh! mes chers enfants, je n'ose pas vous souhaiter du bonheur. Il y a si longtemps que Dieu n'entend plus mes prières!

Tout de suite après le repas, on se sépara. C'était l'heure fixée pour le départ du chevalier, dont la monture attendait dans la cour. Il n'y eut que Jeanneton pour le reconduire jusque-là. Dupleix et la marquise restaient auprès de Mme de Bussy, chez qui cette séparation avait éveillé de poignants souvenirs et qui s'était trouvée faible tout à coup.

La soirée était belle. Nicolas, au lieu de se mettre en selle, passa la bride de son cheval à son bras et dit:

—Jeanne, ma chère Jeanne, donnez-moi encore une minute.

—Je vous conduirai, dit-elle, jusqu'au pont du moulin.

Et ils descendirent la rampe rocheuse en se tenant par la main. Nicolas était obligé de tirer son cheval, qui avait peur de la pente et dont les fers glissaient sur les cailloux. Ils ne parlaient point, mais leurs cœurs étaient pleins à déborder.