Ceci avait lieu le 28 septembre 1760. Cinq mois s'étaient donc écoulés depuis l'entrée en campagne.

Ai-je besoin de dire que les mélancoliques souvenirs de la journée des fiançailles étaient loin? On s'était bien battu, on s'était diverti davantage, car, en ce temps, la guerre avait des allures de partie de plaisir: quelque chose comme une grande chasse où le gibier se défendait et où les chiens étaient des hommes.

Les fêtes, les escarmouches, les équipées et les batailles avaient effacé toutes ces impressions, qui n'avaient pas, du reste, beaucoup de profondeur, et Nicolas restait en face du sentiment unique dans sa vie: son grand amour heureux.

Pas un seul instant, en effet, le commerce de lettres ne s'était ralenti entre lui et les habitants du Cloître, et la chère correspondance de Mlle de Vandes semblait témoigner d'un changement favorable dans la position morale des exilés. Les affaires s'amélioraient, on avait reçu du Dekkan des nouvelles moins désastreuses, et le jugement rendu dans le grand procès des treize millions semblait pronostiquer une issue heureuse.

Les quatre régiments d'avant-garde restèrent huit jours à Osnabruck, par suite d'un contre-ordre, motivé sur le faux avis de la levée du siège de Wesel.

—C'est dommage, dit M. de Soleyrac au chevalier: si nous avions tourné du côté de Gueldre, vous auriez pu pousser jusqu'au Cloître et surprendre nos amis en passant.

Le huitième jour, la seconde division, commandée par M. de Castries en personne et qui contenait de la cavalerie, arriva à Osnabruck, d'où le régiment d'Auvergne partit le lendemain, tout seul, en se dirigeant sur Flotow.

Ce n'était plus le chemin du pays de Gueldre. Les officiers et les soldats ne savaient plus où on les conduisait. À Flotow, ils apprirent que la cavalerie de M. de Castries fourrageait jusque vers Pyrmont, ce qui semblait indiquer une marche vers le sud.

Les paysans allemands se moquaient et disaient que l'armée française avait perdu sa route.

Ce fut à Flotow et à cette occasion qu'eut lieu le duel du baron de Glücker et de M. de Plélo, fils de ce diplomate breton qui était mort si glorieusement l'épée à la main, sous les murs de Dantzig, dans la guerre contre l'Autriche. Ce baron de Glücker était un Prussien facétieux, qui eut la bonne idée d'envoyer son valet au quartier français avec un caniche qui portait au cou cette mention: «Chien d'aveugle.»