M. de Plélo, lui, vrai gars de Basse-Bretagne, servait comme simple volontaire, quoiqu'il eût déjà la moustache grise. Ce fut lui qui reçut le caniche par hasard, et le voilà fâché tout rouge. Il monta à cheval et s'en vint, galopant avec le caniche dans ses bras, jusqu'à la brasserie où M. de Glücker se vantait de sa farce en humant des torrents de bière.
—Je rapporte Joseph, dit M. de Plélo.
—Ce n'est pas Joseph qu'il s'appelle, repartit le baron de Glücker, mais bien Briskau.
Plélo mit le caniche sur la table et, se penchant, il fit mine de s'entretenir avec lui à voix basse. Les Allemands riaient, pensant avoir affaire à un fou.
—Que vous dit-il? demanda Glücker.
—Meinherr, répliqua Plélo gravement, il n'en veut point démordre; il me dit: «Je suis Joseph, à telles enseignes que j'ai été livré par mon coquin de frère!»
On se battit à cheval, dans la cour du cabaret. M. de Plélo eut une pistolade à bout portant au travers du front, mais la balle s'aplatit contre la coque de son crâne, et il mit son épée dans le ventre du Prussien.
L'histoire ne dit pas ce que devint le caniche.
Le dixième jour de ce mois d'octobre, une estafette arriva à Flotow sur un bidet blessé. L'homme ne voulut parler à personne, sinon à M. de Soleyrac; mais chacun put bien voir qu'il avait rencontré l'ennemi, car son bras gauche pendait, et il y avait du sang à sa jaquette déchirée.
Le même jour, le régiment d'Auvergne, qui déjà dormait après avoir fait sa couchée comme à l'ordinaire, fut éveillé à onze heures de nuit et délogea sans tambour ni trompette. On s'arrêta au matin dans un bois aux environs de Ticklembourg, où chacun eut licence de dormir depuis le lever jusqu'au coucher du soleil. À la brune, on se remit en marche.