—Chevalier, vous ne dormirez point cette nuit. Êtes-vous dispos et en humeur de faire une demi-douzaine de lieues à travers champs?
—J'en ferai plutôt deux douzaines si c'est pour retourner à l'ennemi, répliqua d'Assas.
—Retourner n'est pas le mot, chevalier, reprit M. de Soleyrac, qui souriait: nous ne sommes point en déroute. Choisissez vingt gaillards résolus, bon pied, bon œil, et tenez-vous prêt à partir.
—Vous aurez un guide. Votre mission est de battre l'estrade. Nous sommes à deux de jeu avec le prince Ferdinand; il a douze mille hommes de ce côté-ci du Rhin, par l'indiscrétion de nos diables de prisonniers westphaliens, qui ont réussi, bon nombre d'entre eux du moins, à nous glisser entre les doigts, les uns dans le parc de Dorsten, les autres le long de la route...
Il souriait plus fort; jamais Nicolas ne l'avait vu en plus belle humeur.
—Aussi, murmura ce dernier, je me disais que les maillets de ces pontonniers, là-bas, faisaient terriblement du vacarme... Tout ce que nous faisons depuis Flotow n'est qu'un dégagé.
—Il y a de ceci, il y a de cela. M. de Castries est un joli jeune homme! Et je connais le pays!
—Dois-je obéir au guide?
—Non pas!... Quand il vous quittera, car il vous quittera pour gagner l'autre moitié de son salaire, étant vendu deux fois et très cher, quand il vous quittera, vous ne tirerez point sur lui, vous ne lancerez personne à sa poursuite et vous vous arrêterez tout court comme il convient à un homme subitement égaré dans les bois qu'il sait être plein d'ennemis.