XIV
À MOI, AUVERGNE!...
Au moment où le chevalier d'Assas se mettait en marche avec son détachement, on mangeait la soupe au bivouac, où chacun se promettait bien de dormir la grasse nuit. Deux ou trois maraudeurs endurcis qui s'étaient glissés à la picorée, malgré la sévérité de la consigne, venaient de rentrer, disant que la Meuse était là, sur la gauche, à moins d'une demi-lieue, et que le long de la Meuse, la cavalerie filait: des escadrons et des escadrons. Ils avaient entendu rouler de l'artillerie. Tout cela s'en allait vers le nord-ouest, et M. de Plélo avait dit:
—C'est clair que nous rentrons chez nous, avec ce qu'il y a de poisson pris: maigre pêche! Messieurs, il faut vous résigner à planter vos choux!
Et il se mit à chanter le pont-neuf à la mode depuis que le mauvais vouloir de M. de Choiseul contre les Jésuites était chose connue:
Capitaines en réforme
Et qu'on entend clabauder
Contre l'injustice énorme
Qui vient de vous échauder,
À tort chacun de vous crie:
D'autres sentent le roussi,
Puisqu'on publie
Que Jésus va perdre aussi
Sa Compagnie!
Le guide donné au chevalier n'était point celui qui avait conduit le régiment à travers la Westphalie, de Flotow à Dorsten, et qui avait pris la clef des champs en même temps que les prisonniers. C'était un jeune Hessois, chevelu et barbu, à physionomie israélite, maigre, voûté, haut sur jambes, qui portait la houppelande à pélerine des riverains de la Roër. En quittant le camp, il prit un bon trot de courrier, et ne quitta plus cette allure pendant les trois mortelles heures que dura la marche.
Au jugé, le détachement dut bien parcourir une distance de cinq à six lieues pendant cet espace de temps.