—J'étais bien sûr que ce n'était qu'un petit cousin. D'Assas... connais pas!
Il y eut pourtant un laquais qui dit:
—Est-ce que ce n'est pas le nom du vieux gentilhomme de province qui est venu ici hier demander Mme la duchesse en se trompant d'antichambre?
—Mme de Choiseul?
Personne ne sut répondre. On n'avait point pris garde à cela.
Et au fait, pourquoi ce nom du vieux gentilhomme serait-il resté dans les mémoires? C'était celui d'une famille noble, il est vrai, de bonne noblesse même, mais profondément obscure et qui vivait à deux cents lieues de Versailles dans une petite ville du bas Languedoc. La petite ville appelée le Vigan mirait ses deux ou trois cents maisons, dont cent étaient des mégisseries, dans la petite rivière d'Arre, à une quinzaine de lieues de Nîmes, et n'avait jamais produit que des tanneurs.
Il y avait un d'Assas, cinquante ans en çà, sur la fin du règne de Louis XIV, qui avait eu maille à partir avec les protestants, fourmillant dans le pays, jusqu'au point de se faire assiéger par les calvinistes, dans son petit manoir étroit et fleuronné comme une poivrière. Il est vrai qu'un autre d'Assas combattait contre ce déterminé catholique dans les rangs des assiégeants, qui furent mis à la raison.
L'enfance de notre «dernier chevalier» s'était passée dans ce petit castel. On sait qu'il était cadet de plusieurs frères et qu'il avait plusieurs sœurs. Ce serait tout, si la pension de mille livres acceptée avec reconnaissance par sa famille de longues années après sa mort, ne donnait à penser que c'était une maison très pauvre.
Sur les frères et les sœurs on ne possède absolument aucun détail présentant quelque apparence d'authenticité. Quant à Nicolas lui-même, après avoir passé un temps très court à l'Académie de Nîmes, il entra par la porte la plus humble dans la carrière des armes.