Le curé de Sainte-Gudule de Wezel, qui était un amateur d'anciennes choses, disait que cette fenêtre datait du XIVe siècle. Les Anglais du corps de Cumberland étaient venus en foule voir un chêne fort étonnant, qui était planté en dedans de la muraille, du côté du Prieuré, et dont la tige avait passé par la fenêtre, au temps de sa jeunesse, pour trouver le grand air: de sorte que sa couronne géante musait maintenant, hors de l'ogive, avec vue sur l'étang et la campagne.

Ce chêne avait bien deux siècles. La cime redressée ombrageait le mur. Les Anglais avaient nettoyé des carrés sur son écorce pour y inscrire leurs noms avec le lieu de leur naissance, et Henri avait encore pu retrouver des témoignages lisibles de cette manie britannique, entre autres une inscription profondément tracée au feu et disant: 1756, 17th, January, W. Jones, Devon, pr. to Fanny Bell.—Died.

Ce mot Died était d'une autre main que le corps de la légende, et Henri de la B... traduisait le tout ainsi: «7 janvier 1756, W. Jones, du comté de Devon, promis à Fanny Bell»: ceci tracé par Jones lui-même.

Et il pensait que le dernier mot Died, «mort» avait été ajouté après coup par un camarade, quand le pauvre Jones fut couché sous la terre de quelque champ d'escarmouche inconnu...

C'était dans la maison blanche que demeurait Joseph Dupleix avec sa famille, et ce fut là que vint le chevalier Nicolas, envoyé par un colonel, M. de Soleyrac, pour servir bénévolement de secrétaire au héros de l'Inde. Le chevalier était très doux, comme tous les hommes très braves. Je ne sais pas s'il avait ce qu'on appelle de l'esprit, mais son cœur était vif et neuf. Fils du pays du soleil, facile à enflammer, il s'enthousiasma tout d'abord pour Dupleix lui-même, qui était aussi un homme du Midi, et surtout pour cette reine déchue, «la déesse Jeanne», dont la beauté avait affolé cent millions d'âmes dans la patrie des diamants et des parfums. Elle était belle encore, admirablement éloquente, et supportait son malheur avec une résignation souveraine.

Plus belle était cette veuve d'un vivant, celle que Dupleix appelait Jeannette et que l'immensité de la mer séparait du généreux soldat à qui elle avait donné sa main et son cœur, en un temps où l'avenir avait pour tous ceux qui suivaient la fortune de Dupleix de si radieuses promesses. Mme de Bussy-Castelnau ne laissait rien voir au dehors du deuil qu'elle portait dans son âme; mais le chevalier avait surpris parfois les larmes qui lentement coulaient sur la pâleur de sa joue, quand elle se croyait à l'abri des regards de ceux qu'elle aimait.

On peut donc croire que Jeanneton, Mlle de Vandes, fut la dernière vers qui s'élança le cœur du chevalier: il l'avait vue petite fille; mais quand il l'aima, ce fut un grand amour.

Je vous l'ai dit, il s'aperçut de cela dans l'allée d'aunes qui suivait le bord de l'étang au delà du moulin, haut sur jambes et les pieds dans l'eau comme un héron.

Jeanneton, ce matin-là, revenait donc du logis de la pauvre veuve avec son panier au bras, et si vous saviez comme elle était jolie! Elle avait une robe de toile bise qui dessinait chastement les grâces de son buste, en laissant voir, relevée qu'elle était pour la marche, l'attache ronde et fine de ses pieds de fée. Autour de son sourire (car elle était encore gaie franchement, cette belle Jeanneton), ses cheveux bruns à reflets fauves, pleins de soleil et jouant avec le vent, flottaient sous son chapeau de paille, où les orphelins du bûcheron décédé avaient attaché à son insu une guirlandette d'anémones des bois, de celles qu'on appelle silvies, et de ces douces fleurs des prés mouillés, les «ne m'oubliez pas», qui sont du même bleu que le ciel.

Nicolas venait du Cloître; il l'aperçut au coude du sentier, dans un rayon de jour qui passait à travers les aunes, épais comme une charmille, mais où le meunier avait taillé une fenêtre pour jeter sa ligne à brochets.