Dès qu'on donne un ordre, vingt messieurs plus ou moins décorés se mettent en mouvement, non pas du tout pour exécuter cet ordre, mais pour trouver un moyen administratifs de charger l'exécution comme un paquet sur les épaules d'un collègue.
Ledit collègue, aussitôt chargé, cherche un voisin sur qui déposer son sac.
Et ainsi de suite.
Je connais, et vous aussi, un homme de lettres qui a fait le mois dernier quarante-sept employés, dix-neuf bureaux, seize escaliers et onze corridors au ministère des Finances, pour arriver à savoir qu'il ne saurait rien.
Mais, de temps en temps, nos organes officiels prennent la peine d'élever leur grande voix pour enseigner au monde cet Évangile: c'est à savoir que nos administrations sont parfaites, et que tout va pour le mieux dans le meilleur des gouvernements possibles!
Ces réflexions nous sont suggérées par le mécontentement public qui commence à se faire jour par rapport aux lenteurs inexplicables de la justice dans l'instruction du crime du Point-du-Jour: l'Affaire des ciseaux, comme on la nomme dans le peuple.
Voilà des mois et des mois que cette instruction dure. Au parquet, on ne parait pas être beaucoup plus avancé que le premier jour.
Ah! s'il s'agissait d'un procès de presse! à la bonne heure!
En Angleterre dont la mode est de blâmer le système judiciaire, il y a longtemps que ce serait fini,—mais on croirait en vérité que nos magistrats prolongent à plaisir l'émotion malsaine résultant de certains drames criminels.
Cela amuse le tapis! disent MM. les profonds politiques.