Je sors de chez M. Cressonneau aîné, le juge d'instruction. Il est très bien logé dans une des maisons neuves de la place Saint-Michel auprès de la fontaine. Il m'a montré tout son appartement et m'a prié de regarder à sa vue».

Il voit de ses fenêtres le palais, la Sainte-Chapelle et tout un panorama de monuments.

Il y a vraiment une grande différence entre un juge comme moi et un juge comme lui. Il a un boudoir, et sa robe de chambre lui donne l'air d'un petit duc.

J'avais peur d'arriver trop matin à cause du voyage qu'il venait de faire, mais il ne m'a pas fait attendre du tout.

Je suis entré dans sa salle à manger où il déjeunait d'un œuf frais et d'une côtelette.

Il est jeune encore, assez joli garçon, vif, pétulant, spirituel et un peu bavard. Sous sa calotte de velours il n'y a presque plus de cheveux. Tu vois si je suis froid, j'ai remarqué tout cela.

—Entrez donc, mon cher collègue, entrez donc, m'a-t-il dit en me tendant la main sans se lever. On va vous donner un bon fauteuil, car vous avez passé une mauvaise nuit. Je vous voyais à toutes les gares. Pauvre cher garçon! vous me faisiez l'effet d'une âme en peine! Quel singulier cas que le vôtre! Voulez-vous faire comme moi? un œuf? une côtelette?

Je remerciai et je pris le fauteuil qu'on avait roulé vers la table à mon intention. M. Cressonneau aîné, quand je fus assis, me serra de nouveau la main le plus cordialement du monde.

—Ma parole, reprit-il, je vous attendais presque. Je suis enchanté de vous voir: sérieusement, je ne mens pas: j'ai beaucoup entendu parler de vous, comme bien vous pensez, depuis l'affaire, mais aussi auparavant et autrement, M. Ferrand vous regardait alors comme très fort. Vous savez que nous l'avons à Paris? Sa nomination doit être au Moniteur d'aujourd'hui.... Connaissez-vous là-bas une demoiselle Agathe? Agathe Desrosiers?

J'aurais voulu l'interrompre, mais ce n'était pas aisé. Il y allait d'une telle abondance! Je répondis affirmativement.