—Calvaire!

À dix secondes de là, je ne songeais plus au petit homme. J'essayais de recueillir ma pensée pour ne pas arriver sans préparation au rendez-vous de Mme la marquise de Chambray.

Tout d'abord, j'étais bien forcé de m'avouer qu'en risquant cette démarche, je n'avais aucune intention précise, aucun but qui se pût formuler.

J'ai écrit le mot risquer, non pas assurément que je crusse à la possibilité d'aucun danger personnel, mais parce que je me sentais étroitement chargé des intérêts de Lucien Thibaut et que vis-à-vis d'une femme comme Mme la marquise—comme je la jugeais du moins—il y a toujours péril à laisser entamer une situation.

J'avoue que j'avais grande idée des capacités diplomatiques de cette belle Olympe.

Lucien avait eu raison d'elle un jour, mais ç'avait été par un coup de massue.

En diplomatie, puisque j'ai prononcé le mot, une démarche n'est pas toujours inopportune parce qu'elle n'a pas de but actuel ni d'utilité apparente. Il y a des démarches qui coûtent un prix fou sans autre avantage que de «voir venir». Demandez aux joueurs d'écarté ce que rapporte le voir-venir, quand on a le roi et le valet contre la dame seconde.

À mes yeux, Mme la marquise de Chambray était une de ces personnes qu'il est impossible de lire. Il faut les entendre et les voir.

Mon rôle était évidemment la réserve. Ma chasse ne quêtait aucun gibier particulier: tout m'était bon. Je faisais une battue générale sur les terres de cette belle Olympe.

Et plus la voiture mangeait de pavés sur la route du faubourg Saint-Germain, plus je prenais assurance, certain de rapporter quelque chose dans mon sac, en revenant de cette guerre.