[II]
Une lettre du comte Albert
L'hôtel des Missions étrangères est un logis de prêtres et de grandes dames départementales. On y voit des évêques et des duchesses. Les curés et les châtelaines de seconde qualité vont rue de Grenelle, à l'hôtel du Bon-Lafontaine, qui est également bien célèbre.
Mais que Dieu me garde de dire ou de penser que dans l'une ou dans l'autre de ces deux pieuses hôtelleries il y ait beaucoup de clientes comme Mme la marquise de Chambray!
Je la trouvai dans une grande chambre assez belle, mais singulièrement triste, et qui me rappela, par le contraste, les enchantements du petit salon Louis XV, où ce vieillard amoureux, M. le marquis de Chambray, avait entassé tant de merveilles artistiques.
Il faisait froid là-dedans, malgré le plein Paris et la saison, comme dans un vieux château du fond de la Bretagne.
Du reste, il y avait du feu dans la cheminée.
Mme la marquise était assise auprès de sa table, un peu en avant, de manière, à ce que la lueur du flambeau à deux branches qui brûlait à côté d'elle glissât de biais sur ses traits. Pour les mettre tout à fait dans l'ombre, elle n'avait à faire qu'un tout petit mouvement en avant.
Sur la cheminée, il y avait deux autres bougies. En tout quatre. Dans cette pièce morne et sombre, cela donnait un crépuscule. Les ténèbres étaient visibles.