Mme la marquise portait le deuil, un deuil très sévère et très élégant. Je la trouvai moins belle qu'au sortir de l'Opéra, mais plus jeune.
Ce fut ce qui me frappa en ce moment: son extraordinaire jeunesse.
Elle se leva pour me recevoir et je pus admirer la gracieuse noblesse de sa taille.
J'ai toujours pensé que certaines femmes peuvent, quand elles le veulent, mettre une sourdine à leur beauté.
Mais la beauté n'est rien, puisque cette merveilleuse Olympe avait été vaincue par Jeanne.
—M. de Rœux, me dit-elle quand je fus assis en face d'elle avec les deux bougies de la table dans les yeux, nous sommes, vous et moi, de bien vieilles connaissances. J'ai sollicité le plaisir de vous voir parce que je vous crois le meilleur ami de M. Lucien Thibaut.
—Vous ne vous êtes pas trompée, Mme la marquise, répondis-je. J'ignore si Lucien a un meilleur ami que moi, mais je sais que je l'aime de tout mon cœur.
Elle s'inclina. Il me sembla déjà qu'elle cherchait ses paroles.
—Hier matin, reprit-elle, à la maison de santé de Belleville, vous m'avez surprise au moment où j'accomplissais un singulier pèlerinage. Je ne me cache pas de cela, ou plutôt je ne me cache de cela que vis-à-vis de Lucien lui-même. Je suis l'amie de son enfance. Quoi qu'il arrive, je resterai fidèle à cette tendresse. Puisque je ne peux pas être la femme de Lucien, M. de Rœux, et j'avoue que c'était là mon rêve le plus cher, je veux être la sœur de Lucien, toujours.
À mon tour, je m'inclinai.