Elle porta son mouchoir à ses lèvres.
—Et que pouvez-vous croire de moi? prononça-t-elle tout à coup à voix basse, pendant que la lueur oblique des bougies allumait deux étincelles aux bords de ses paupières, que croit-il lui-même? Que croirais-je si j'étais à votre place à tous les deux!
Les larmes qui tremblaient à ses cils roulèrent lentement sur sa joue. Quelque chose remua tout au fond de mon cœur.
Je me raidis. Je sentais l'influence de la sirène.
Mais je ne me raidis pas jusqu'à repousser de parti pris la vérité, si elle venait en contradiction avec mes impressions ou mes sentiments acquis. J'avais un doute qui ne naissait pas ici. Il était préexistant.
L'idée que les événements m'imposaient au sujet de cette admirable créature était si horrible qu'un instinct surgissait au-dedans de moi pour la repousser. Elle pleurait. J'ai vu des comédiennes pleurer au théâtre et dans le monde.
Mais elle souffrait si terriblement qu'aucune comédienne n'aurait pu rendre un pareil martyre, sans paroles ni gestes, en laissant seulement une goutte d'eau aller le long de la pâleur de ses joues.
—M. de Rœux, reprit-elle en affermissant sa voix par un grand effort, je ne vous ai pas appelé ici pour vous parler de moi. Je suis enserrée dans un tel lacet d'apparences mensongères—et calomnieuses, que je n'espère ramener ni Lucien ni vous qui ne pouvez voir que par lui....
—Vous vous trompez, Mme la marquise, interrompis-je. J'essaye de voir par mes propres yeux.
—Plût à Dieu! fit-elle, mais sans chaleur ni espoir.